Bien sûr, comme partout en France on parlait le patois régional à Feyzin jusqu'au XXe siècle, lorsque l'école et ensuite les médias firent régresser ces langues. Elles sont encore vivaces dans certaines régions de France (breton, basque...) et l'on parle le créole dans les départements d'outremer, au même titre que le français.

Dominique BAILLY m'a envoyé trois courtes histoires en patois. Voici ce qu'il m'écrit ;

(...) j'ai découvert dans la presse l’existence du français du Missouri, aussi connu sous le nom de "Paw Paw French". C'est un dialecte francophone qui était autrefois parlé dans l'État américain du Missouri depuis l'époque de la Nouvelle France. Vers 1980 des centaines de personnes le parlaient encore dans le village "d'old mines" contre seulement une douzaine de nos jours.
Encore un dialecte qui risque de s'éteindre faute de locuteurs, victime de l'image négative qu'il véhicule par rapport  à la langue dominante du pays, ici l'anglais.
 
 A Feyzin, il en a été de même pour le patois que parlait encore mon grand père décédé dans les années 80. Est-ce qu'il reste même encore des personnes capables de le parler ? En tout cas, il y a toujours des Feyzinois qui le comprennent.
 
Aussi, je vais t'envoyer 2 ou 3 histoires courtes que nous contait mon grand père, afin que tu en fasses profiter tes lecteurs du 21ème siècle, puisqu'il paraît qu'internet serait le dernier refuge pour les langues menacées d'extinction.
 
(...) Quant à l'orthographe et à la grammaire : pas de règles, puisque ce n'était pas une langue écrite et qu'elle n'est plus pratiquée ! 
 
Et pis, comme disave mi grand pôre : "Nous, le paysans, son de gens instruits. De parlavons dueux lingues : lou Français et lou Patois!"

CAISSON

 

Y aye tôt plein de charcutiers diens lo tem, et Y aye l’histouèra de Caisson. Se môre êtié groussa et el alave ou marchi. Et el a prê le douleur en y alan. Et oul e venu au mondou diens lou caisson dou charaban.

 

Et oul est môrt sour un cayon ! Ou tuave on cayon diens una farme de la rua fine. A prê lou malèso ‘tié. El a tomba sus le cayon et t’éta feni !

 

Alôrs, l’ayon fa ceti ju de mots : Caisson,

Venu diens un caisson.

Parti sus un cayon !

 

 

Lou pôre GIRI

 

Mi, jhe va vou racontave una pitit histouèra dou pôre Giri. Y aye huit jures que sa fena el li dije rin. Y me racontave cha a mi lo pôre Giri passe qu’a ct’época qui on coublave ensem. Etia la guerra… Nos ayon prê tou los chivôs.

 

Alôrs ceta histouèra qui :

 

Ou me dis :  Mè dis don, c’est que d’oya bin qu’el me parle. Alôrs, ou se plante a la chambra et ou se met a tourniri diens la gorda roba. Y el qui campa vers la porta.

 

Et pis el li dis : « Quesque tu charche ? 

  • Ta lingue ! »

Y aye huit jures qu’el li parlave pas. Ta lingue qui li fa ! Oul étion brôvo ce pôre Giri. Oul aye on fils : lou Jean Marie.

 

 

Benoist COTURIER

 

Benoist Coturier de Solize étion ordonnance d’un capeténo.

 

Et lou capeténo l’aye engueula que oul alava promena son chivô pou que puisse monta sus ceti. Mè, au lua d’ala promena li chivô oul a baigna. Et pis lou capeténo montave dessus. Mè, c’est qui le chivô ou levave le cul et m’envoya lou capeténo diens le z’ortieux !

 

Alôrs lou capeténo : « Coturier, prends le mon cheval ! »

 

Li que d’aye una carne n’aya pas peu de resta e sin. Et ce chivô li sauvave la vie plein de fois passe qu’i se cabrave pendant los combats.

 

Voici en gros la traduction de CAISSON :
Sa mère allait au marché et elle a pris les douleurs puis accouché pendant le trajet.
Ainsi, il est venu au monde dans le caisson du charaban. 
Il est décédé alors qu'il tuait un cochon dans l'une des fermes de la rue Fine.
Il avait pris un malaise et était tombé raide mort sur le cochon.
Alors, on avait fait cette chansonnette: 
"Caisson,
Venu dans un caisson,
Parti sur un cochon."

Celle du Père GIRI :
Il y avait huit jours que ça femme ne lui parlait plus. Il m'avait dit ça, le père Giri parce qu'à ce moment-là on travaillait ensemble. C'était la guerre et tous les chevaux avaient été réquisitionnés. 
Alors, il m'avait raconté cette histoire:
"Mais dis donc, c'est qu'il faudra bien qu'elle me parle!"
 Alors, il s'est planté dans la chambre et s'est mis à tout retourner dans l'armoire.
Et sa femme qui se tient vers la porte finit par lui dire :
"Qu'est-ce que tu cherches?"
"Ce que je cherche? Ta langue!" qu'il lui répond.
Et de Couturier de Solaize:
Couturier était l'ordonnance d'un capitaine qui l'avait engueulé, pour qu'il aille promener son cheval afin qu'il puisse le monter. Mais au lieu d'aller promener le cheval pour le fatiguer, il est allé le baigner. Et quand le capitaine est monté dessus, le cheval a levé le cul et l'a envoyé dans les orties. Alors celui-ci s'est écrié " Couturier! prends mon cheval!"
Et lui s'est dit "Moi qui ai une carne, ça ne me fait pas peur de le garder comme monture."
Grand merci à Dominique pour ce document!